Autres légendes en Franche-Comté

Légendes en Franche-Comté

Les régions de Bourgogne et de Franche-Comté révèlent un grand nombre de légendes, de superstitions et de légendes.

Souvent rattachées à des lieux, ces croyances sont le fruit d’une histoire partagée entre mythes chrétiens et païens, d’anecdotes historiques.

Les griffes du diable


Un maître-maçon avait entrepris la construction du pont de Toulon-sur-Arroux. Il avait promis que l’ouvrage serait fini à une date précise sous peine d’amende si cette promesse n’était point tenue.
Mais les travaux n’avançaient pas, et le maçon se lamentait de ce retard. Le diable lui fit alors une proposition. En échange de la main de sa fille, le pont sera achevé à la date prévue.
Il accepta le pacte, qu’il regretta bien vite. Il était attristé de l’absence de sa fille et était peu fier d’avoir là un tel gendre.

Quant au diable, il était très heureux. Il chargea sur ses épaules la pierre de la Beuchotte pour finaliser la construction.

Pendant ce temps, la jeune fille priait Dieu. Et soudain, elle eut une inspiration. Elle partit dans la Gelinière réveiller le coq, qui se mit à chanter aussitôt tellement fort que le démon l’entendit et laissa tomber la pierre où demeura l’empreinte de ses griffes.
Les pierres de légendes


Les pierres à légendes sont nombreuses en région Franche-Comtoise.

Tailles, formes évocatrices, positions aiguisent les curiosités, interrogent et débrident l’imaginaire.

La plupart du temps, déplacées par des glaciers ou par un éboulement, façonnées par l’érosion, parfois déplacées par l’homme, érigées, assemblées et gravées.

Une petite liste de ces pierres intrigantes :

    • La pierre qui tourne dans le bois de Vaux
    • La pierre tournole
    • Le dolmen de la Pierre qui vire à Colombe-lès-Vesoul
    • La pierre Mourey

Ces pierres auraient la particularité de tourner sur elles-mêmes tous les 100 ans.

L’auge de la sorcière : Une sorcière en colère aurait frappé l’auge d’un coup de marteau.

La pierre de la Caraude : Un énorme bloc en équilibre évoquant le profil d’une sorcière.

Le site de la Louvière : Autrefois, les louves venaient mettre au monde leurs petits, bien à l’abri des failles du chaos rocheux.
Les rochers des Sarrasins : C’est un rocher surplombant de 2,5m d’épaisseur et de 8 m de longueur, formant un abri sous-roche.

La Motte dominant Vesoul est une hottée de Samson, ou alors un gravois issu de la chaussure de Gargantua.

La pierre percée : Un dolmen, monument funéraire ou seule reste la cloison d’entrée de la chambre mortuaire.

La Pierre Enon : Des fées y danseraient autour au crépuscule.

Le rocher des commères :  Trois sœurs, filles du Seigneur de château-villain étaient en âge de se marier. Berthe, Louise, Hermance. Mais les damoiselles étaient difficiles. Aucun prétendant ne semblait dignes d’elles.

Leur père s’en plaignit à la fée Mélusine. Cette dernière figea les trois sœurs exigeantes et médisantes en trois statues de pierre afin qu’elles se taisent à jamais.

La pierre Lite au bois de la Fresse : Peut-être monument celtique de culte. Il ne reste qu’un tronçon de 2,50m de hauteur, était tout autant impressionnante par ses dimensions que par ses légendes.

La légende du château de Montfort



Situé à l’Ouest de Clerval, sur la rive droite de Doubs, le château de Montfort s’élevait au sommet d’une montagne appelait Roche-Rouge. Demeure du comte de Montfort et de son épouse réputée pour son avarice, sa dureté et sa gourmandise. Une mendiante vint un jour demander l’aumône. La comtesse, tout en observant une truie et ses sept petits, et rêvant probablement de fèves au lard, reçut méchamment la mendiante et la renvoya sans lui donner quoique ce soit. La pauvre femme lui lança alors “Je te maudis ! Puisses-tu faire autant d’enfants que cette truie ! “

Quelque temps plus tard, la comtesse accoucha effectivement de sept garçons en pleine santé.

Leur père étant absent, la châtelaine fit appelait une servante et lui commanda une funeste mission. “Je ne peux garder autant d’enfants ! Va à la rivière m’en noyer six ! Surtout garde le secret, si tu veux vivre.”

À regret, la servante obéit. Elle couvrit d’un linge les six bébés posés dans une corbeille et prit la direction du Doubs.

En chemin, elle croisa le comte qui revenait de son voyage. Surpris, et voyant la servante très troublée, il la questionna. D’abord embrouillée, elle finit par tout avouer. Le comte lui fit jurer de garder le secret si elle voulait restait en vie. Il envoya au loin les six rescapés.

Sept années passérent sans que personne ne reparle de cet accouchement extraordinaire, ni des six enfants que leur mère supposait morts.

Un jour, le comte de Montfort donna une fête en son château. Belles dames et beaux seigneurs y étaient conviés.

Quelques-uns remarquèrent la présence de six petits garçons dont la ressemblance à l’autre enfant de sept ans était indéniable.

Devant l’étonnement général, le comte prit la parole. “Que penseriez-vous de la personne qui aurait ordonné la mort de ces enfants le jour de leur naissance ?”  Tous répondirent : “Cette personne mérite de mourir dans d’affreux tourments”.

En entendant cette sentence, la comtesse s’effondra comme foudroyée par une puissance invisible.

Les sept garçons devinrent des grands saints :  Saint Loup, Saint Rémy, Saint Frémy, Saint Vandelin, Saint Lupicin, Saint Ermenfroi… Le nom du septième est inconnu.

L’ours de Crozey


Sire de Crosey était un homme très laid. Il avait connu probablement un chagrin d’amour qui le rendait taciturne et sauvage. Les gens et seigneurs des alentours le surnommé l’Ours de Crosey.
Il avait de petits yeux, un regard dur et haineux, un visage ingrat masqué par une barbe hirsute. Son corps était athlétique et vigoureux.
Il ne sortait jamais, ou peut-être parfois la nuit, pour se rendre à de mystérieux rendez-vous avec le Diable. Néanmoins, il ne malmenait jamais ses serviteurs.
Le Sire de Belvoir maria sa fille au jeune Raymond de Montjoie. Un tournoi était organisé entre autres réjouissances pour l’occasion. Raymond remporta toutes les joutes lors de la première journée des festivités. D’autres concurrents devaient l’affronter le lendemain. Chacun l’imaginait déjà grand vainqueur du tournoi. Le Seigneur de Lanthenans supposa que même si Raymond gagnait encore, sa victoire serait en demi-teinte, car pour être considéré comme le plus fort, il faudrait qu’il batte le redoutable Ours de Crosey. Car ce dernier, était jadis, un formidable jouteur. Le jeune homme, un tantinet vexé, promit d’aller chercher Sire de Crosey, de le faire sortir de sa tanière et de le lui lancer le duel.

Le Sire de Belvoir l’informa que malgré l’invitation au mariage, il n’était point venu.
Au matin de la deuxième journée du tournoi, et sans tenir compte des supplications de son épouse, il se rendit au château de Crosey. Arrivé aux murs du manoir, il lance une sonnerie d’appel à l’aide son cor. En réponse, il n’eut que le silence. Raymond réitère son appel, et crie : “Est-ce que vous nous craignez Sire de Crosey ?” “Passez votre chemin” lui répondit une voix bourrue. Les trois compagnons du jeune marié aperçoivent une tête embroussaillée qui se penche par une ouverture du donjon. “Nous voulons parler au Sire de Crosey” insista Raymond. “Je suis le Sire de Crosey. Que voulez-vous ?”
Le jeune homme se présenta et expliqua que le Sire de Belvoir le conviait au grand tournoi à l’occasion du mariage, et que grand serait l’honneur de sa présence. “je n’ai que faire de votre invitation” répliqua l’Ours.
Raymond vexé de cet accueil incorrect, éclata d’un rire ironique puis lance “Oh ! le vilain. Oh ! le laid .. Il est tellement affreux qu’il n’ose se montrer !”
La tête hirsute réapparue alors, et les yeux semblèrent jeter des éclairs de fureur. D’une voix de tonnerre, l’Ours répondit “Prends garde jeune imprudent ! Je peux te châtier comme tu ne peux l’imaginer !” “Je n’ai point peur, tu es bien trop lâche pour te mesurer avec nous”
Alors que les trois cavaliers tournaient bride, le pont-levis s’abaissa. Monté sur un destrier noir, un colosse sortit du château.
“Jeune impudent, insensé que tu es ! Tu as l’audace de venir m’insulter jusque chez moi. Tu paieras de cette insolence ! En garde ! Tes parents auraient dû t’offrir un cercueil plutôt qu’un lit de noces !”
Raymond surpris, n’eut pas le temps de parer l’attaque de Sire de Crosey. Ce dernier se rua sur lui, lui enfonça sa lance en pleine poitrine et l’envoya rouler à dix pas de son cheval. L’Ours mit pied au sol, épée à la main. Il s’avança vers le pauvre homme gisant à terre. À cet instant précis, Marie, son épouse, inquiète de ce qui pouvait se produire, avait suivit son mari. Voyant celui-ci agonisant, elle se jeta à genoux aux pieds de Sire de Crosey, et implora sa pitié. L’Ours ignora la jeune femme et plongea son arme dans la gorge de Raymond. Il lâcha ses mots “Je terrasse, qui m’agace”
Depuis cette affaire, il est de tradition que les Sires de Crosey placent un ours dans leurs armoiries.

On raconte aussi que Marie de Belvoir ne se remit jamais de la mort de son époux, et qu’elle le suivit peu de temps après dans la tombe. On prétend également que les Seigneurs des alentours s’unirent pour venger le lâche assassinat du jeune marié. Le château de Crosey fut prit d’asaut, l’Ours jeté aux oubliettes serait mort de faim.
Simon du Puits-Fenau


Né de l’effondrement d’une voûte rocheuse, le Puits-Fenau se situe près de Chazot. Cet entonnoir, nommé aussi “emposieux” boit l’eau des ruisseaux voisins. Il existe de nombreux gouffres identiques, notamment sur certaines parties des plateaux calcaires. Sans ces ouvertures, les parties basses de ceux-ci seraient couvertes de lacs.

Par temps pluvieux, le Puits-Fenau inonde les terres sur Orve et Chazot, tout en alimentant un torrent qui se déverse dans la vallée des Alloz.

Jadis les paysans disaient que  le bétail refusait, après chaque crue, de brouter une herbe touchée par l’eau empoisonnée du démon.

En dehors de ces périodes, parfois des profondeurs du Puits-Fenau monte des bruits étranges comme de sourdes détonations ou des grondements de tonnerre. Ces phénomènes, bien connus des spécialistes ont une intensité variable selon la rapidité et le volume du courant d’eau souterrain.

La légende :
Un soir, alors que leur partie de cartes se terminait, des hommes de Chazot se disputèrent. L’un d’eux fut traité de tricheur. Il cria son innocence en prononçant cette phrase : ” Que le diable m’emporte au fond du Puits-Fenau si je mens !” Les clôches sonnant les mâtines, chacun partit, sans remarquer que Simon n’était déjà plus là.
Nul ne le vit à l’office de nuit, ni à celui du matin. Au bout de deux jours d’absence, on s’inquiéta et on le chercha partout.
Pendant l’exploration des environs, des petits bergers jouaient à jeter des pierres dans le Puis-Fenau. Ils aimaient le son que faisait les cailloux lorsqu’ils tombaient de roche en roche, et qu’ils rebondissaient contre les parois du gouffre.
Ce jour-là, alors que les premiers projectiles furent lancés, un appel monta du fonds du puits. “On dirait la voix de Simon” dit l’un d’entre eux”.
Les enfants coururent au village. Il disaient aux gens rencontrés en chemin que c’était bien la voix de Simon qu’ils avaient entendu.
La moitié du village se rassembla autour du gouffre. On cria plusieurs fois “C’est toi, Simon ?”. “Oui c’est moi” répondait la voix. “Sauvez-moi !”.
Quelques-uns retournèrent au village chercher toutes sortes de cordes. Même celle du clocher fut emportée. Nouée bout à bout, on attacha solidement une extrémité au tronc d’un arbre, et à l’autre on y mit une lanterne. Les hommes la dirigèrent lentement vers les entrailles du gouffre. On demanda à Simon d’enrouler la corde autour de son corps et de l’empoigner de toutes ses forces. Lorsque ce fut fait, on se mit à tirer. On remonta un Simon affamé et terrifié.
Alors qu’on lui posait des questions, le rescapé s’enferma dans un mutisme total. Nul ne sut comment une telle mésaventure lui était arrivée, ni ce qu’il y avait fait , vu et entendu.
On supposa que le diable avait interdit à sa victime de ne rien dévoiler.
Par la suite, il fut surnommé Simon du Puits-Fenau, et finit mendiant. Il errait avec son âne, cheminait de village en village et frappait de porte en porte pour quémander un peu de pain.
L’homme au crapaud

À Saint-Georges, vivait un riche paysan. Il n’avait qu’un fils unique qu’il avait beaucoup gâté.
Quand son fils eut atteint l’âge de se marier, il lui choisit comme épouse une jeune fille encore mieux nantie que lui. La belle accepta sous réserve que le père donne à son fils par contrat de mariage toutes ces possessions.
En contrepartie, il était décidé que le jeune couple subviendrait à l’entretien du père sa vie durant.

Le riche paysan accepta à contrecœur cette proposition. Il ne voulait point perdre l’opportunité d’une telle union. Les premiers temps, tout se passait bien.
Mais au bout de la cinquième année, la belle-fille décida que le père, désormais, vivrait dans une cabane, à l’écart de la maison.
Le temps passant, on finit même par oublier de lui donner à manger.
Le pauvre homme pleurait et n’osait rien réclamer. Il errait des jours entiers, sale et déguenillé autour de sa cabane.
Sa famille en avait honte.

Un jour, il s’aperçut qu’une fête était donné chez son fils. Timide de nature, il désira, cependant, s’attabler autour de la table familiale. Il espérait ainsi, qu’un bon repas lui soit offert. Mais dès le seuil, on cacha un poulet rôti destiné à être servi. Et l’on renvoya à sa cabane avec un croûton de pain.

Lorsqu’on voulut remettre le plat sur la table, un énorme crapaud gluant rampait sur le poulet. Les convives crièrent de dégoût. Le fils tenta de chasser le batracien. Mais celui-ci lui sauta au visage et s’y attacha si fortement qu’on ne put l’ôter.

Le jeune homme, ingrat et malheureux se promena ainsi un temps à travers les villages, rappelant ainsi à tous les enfants qu’ils doivent respect et assistance à leurs parents.

Les premières versions de cette légende furent publiées entre 1218 et 1267.
La femme au serpent

Deux femmes sur la place du village se disputaient. L’une d’elle lança : “Que le serpent te tête !”

Un reptile sauta aussitôt sur la femme et s’agrippa à son sein. La querelle cessa immédiatement. Le serpent resta attaché sur la pauvre femme, malgré d’innombrables tentatives pour le lui retirer. Le sein perdait peu à peu son opulente rondeur.
Peu de temps après, la pauvre femme et son mari décidèrent de faire un pèlerinage à Notre-Dame des Ermites à Einsiedeln. À peine la frontière franchie, que le serpent abandonna son étreinte et s’enfuit. Enfin libérée de cet infirmité, la femme voulut rentrait dans son village. Elle poursuivit, malgré tout, son voyage en suisse, car son mari voulait se rendre à Einsiedeln.
Arrivés à destination, il fit sincèrement ses dévotions, son épouse l’imita à contrecœur et sans avoir pardonné à l’auteur de sa récente affliction.

Dès que le couple eut franchit la frontière lors de leur retour, le serpent se jeta à nouveau sur la femme et s’attacha une fois encore à son sein. On fit, quelques jours plus tard une séance de grand exorcisme. Le reptile se détacha enfin de sa proie et s’échappa. La pauvre femme mourut peu de temps après.
La légende du château de Maiche


À proximité de Maiche, sur une colline, on aperçoit encore les ruines d’un vieux château.
La forteresse fut érigée au Xè siècle par un roi de Bourgogne
.Elle permettait de surveiller les deux routes qui montent  l’une dans la vallée du Doubs et l’autre de celle du Dessoubre.
Manoir et donjon étaient protégés par quatre tours reliées entre elles par des murailles crénelées. Plus tard, ce château entra en possession des Chalon, des Montfaucon et aux comtes de la Roche.

En 1474, les sires de Varambon en étaient propriétaires, lorsque les Suisses, le prirent et l’incendièrent.

Sous le château, existait une longue galerie souterraine.

La légende raconte, que dans cette galerie, un vieux seigneur cupide et très dur avec ses serviteurs avait passé sa vie à détrousser les voyageurs, à voler le voisinage et avait entassé un énorme trésor.
Lorsqu’il mourut, Dieu l’envoya au purgatoire.
Depuis, tous les cent ans, le condamné  apparait pendant la nuit de Noël, aux alentours de son manoir en ruines.
Il prend l’aspect d’un chevalier vêtu de blanc chevauchant sur un palefroi noir. Il tient entre ses dents une clef de feu.

À suivre d’autres légendes de Fanche-Comté